Le 17 Aout 2026, au petit matin, une tortue désorienté sans doute par les phares a trouvé la mort.

Elle devait donner la vie, elle a trouvé la mort

Marie-Galante, 17 août 2026.
Le jour se levait à peine lorsque le drame s’est produit.

Sur cette route de Folle Anse, qui longe une zone connue pour accueillir les tortues marines venues pondre, une tortue a été mortellement percutée par un véhicule. L’animal n’aura eu aucune chance.

D’après les premiers éléments, il s’agissait d’une tortue âgée de plus d’un mètre, une femelle imbriquée arrivée au terme d’un long parcours en mer et qui s’apprêtait à pondre. Elle était précisément là où la nature l’attendait : à quelques pas de son site de ponte.

Le site de Folle Anse est une longue plage de sable fin, ourlé par une forêt sèche et que longe une route menant de Grand bourg à St Louis, ligne droite, souvent témoin de graves accident. Ce jour là, la rencontre de cette tortue avec le véhicule du chauffard aura couté la vie non seulement à la maman mais aussi à quelques deux cent oeufs qui n’écloront jamais. Et ce qui rend la scène encore plus douloureuse, c’est qu’après le choc, le conducteur ne s’est pas arrêté.

La tortue, elle, est restée sur la chaussée, victime d’une collision qui aurait peut-être pu être évitée par quelques secondes d’attention, un peu moins de vitesse, un regard porté vers les abords de la route.

Une route qui longe le territoire historique et protégé des tortues marines

À Marie-Galante, les tortues marines ne sont pas des visiteuses occasionnelles. Elles font partie du patrimoine naturel de l’île. 5 des 7 espèces de tortues marines fréquentent nos rivages mais essentiellement les tortues imbriquées, les vertes et les luths.

Les plages de l’île comptent parmi les secteurs importants de ponte de l’archipel. Les données disponibles sur le secteur de Marie-Galante montrent notamment une forte activité de ponte de la tortue imbriquée, avec des sites particulièrement fréquentés comme Folle-Anse, Trois-Îlets mais aussi Vieux Fort et les Galets. Un bilan portant sur les échouages et événements signalés entre 2000 et 2023 recense 251 événements à Marie-Galante et souligne l’importance particulière du secteur pour les tortues adultes.

Nous sommes en pleine période de ponte car en Guadeloupe, les tortues marines viennent pondre principalement de mars à novembre, avec un pic pendant la période estivale.

Autrement dit, au lever du jour, en pleine saison de ponte, une tortue traversant ou longeant une route proche d’une plage n’est pas un événement exceptionnel. C’est précisément pour cela que la vigilance des automobilistes est essentielle.

Une espèce protégée par la loi

Les tortues marines bénéficient d’une protection stricte en France. L’arrêté ministériel du 14 octobre 2005 protège notamment la tortue luth, la tortue verte, la tortue imbriquée, la tortue caouanne. Il interdit bien sûr leur destruction, leur mutilation, leur capture ou leur enlèvement, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs nids et habitats. Il les protègent contre tout braconnage.

Le Code de l’environnement prévoit aujourd’hui des sanctions particulièrement lourdes lorsqu’une atteinte à une espèce protégée est commise intentionnellement ou par négligence grave : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. La qualification exacte dépend évidemment des circonstances et des conclusions d’une éventuelle enquête.

Quant au fait de repartir après avoir provoqué un accident, l’article 434-10 du Code pénal prévoit le délit de fuite lorsqu’un conducteur, sachant qu’il vient de causer ou d’occasionner un accident, ne s’arrête pas et cherche ainsi à échapper à sa responsabilité pénale ou civile. La peine prévue est de trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. La qualification juridique d’un cas concret relève naturellement de l’enquête.

Une tortue sur la route : surtout, ne pas intervenir soi-même

Il faut aussi rappeler une chose essentielle : une tortue marine trouvée sur la voie publique, blessée ou morte, ne doit pas être déplacée ou manipulée par les particuliers.

Le Réseau Tortues Marines de Guadeloupe indique qu’il est interdit d’intervenir soi-même sur un animal échoué. Des personnes habilitées sont chargées d’évaluer son état, de prendre en charge les animaux en détresse et, lorsqu’il est mort, de permettre notamment l’identification de l’espèce et la recherche des causes du décès.

Le bon réflexe à Marie-Galante

Vous trouvez une tortue sur la route, vivante, blessée ou morte ?

Appelez immédiatement les pompiers au 18 et donnez l’emplacement le plus précis possible. On le sait peu, mais les pompiers de Marie-Galante interviennent régulièrement pour sauver les tortues égarées ou en détresse. Ils ont l’habilitation et disposent d’un brancard. Ils sont d’ailleurs intervenu pour notre pauvre tortue. Le Réseau Échouage Tortues Marines de Guadeloupe peut également être contacté directement au : 06 90 74 03 81.
Ce numéro est actuellement indiqué par le Réseau Tortues Marines de Guadeloupe pour les tortues marines en détresse ou mortes.

En attendant les secours, ne faites pas comme la personne qui a appelé pour prévenir, restez le temps que les pompiers arrivent ! et surtout :

  • ne touchez pas la tortue ;
  • ne tentez pas de la remettre à l’eau ;
  • ne déplacez pas l’animal, vivant, blessé ou décédé ;
  • évitez les attroupements ;
  • signalez précisément le lieu ;
  • prenez éventuellement une photographie à distance.

Ces informations peuvent être précieuses pour le suivi scientifique et pour comprendre les causes de mortalité des tortues marines.

Une vie entière pour revenir pondre… et en quelques secondes c’est fini.

Cette tortue avait probablement traversé des milliers de kilomètres d’océan pour revenir sur les côtes caribéennes. Il faut savoir qu’un oeuf seulement sur 1000 devient une tortue adulte.

Une fois adulte, notre tortue doit encore survivre aux prédateurs, aux filets, aux lignes de pêche, aux hélices, aux déchets et aux multiples dangers du milieu marin. Faut il vraiment qu’elle soit en danger quand enfin elle retourne sur son ile ?

Elle était revenue là où, des années auparavant, peut-être, elle était elle-même née. On l’avait sans doute déjà croisée, certains se sont émerveillés lors d’une ponte ou d’une émergence (éclosion des oeufs).

Et au moment où elle devait simplement rejoindre le sable pour accomplir ce que les tortues font depuis des millions d’années, après avoir rampé un long moment dans la forêt sèche, suivant probablement le chemin de rondo, désorientée, sans doute épuisée, elle s’est retrouvé au milieu de la route. Une personne l’a signalé elle aurait pu être sauvé mais voilà, elle a rencontré un chauffard, qui roulait très vite bien trop vite lorsqu’on constate la violence du choc, la tortue était littéralement explosée.

Ce drame rappelle une vérité toute simple : sur les routes de Marie-Galante, nous ne sommes pas seuls et à tout moment un animal ou un piéton peut croiser notre chemin. On roule de plus en plus vite sur notre île paisible, sans respect des règlementations et surtout en mettant en danger sa vie et celle des autres.

Une tortue qui traverse, ce n’est pas un obstacle. C’est un patrimoine qui enrichit notre vie. Levons le pied et profitons de ce que la vie à nous offrir …

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