Pourquoi il convient de reconnaitre que le ramassage aussi fréquent et intensif soit-il n’est pas la solution à Capesterre de Marie-Galante … la quantité des échouages rend cette technique vaine et contre productive
Voici un article prêt à être publié sur www.marie-galantais.net, qui allie chiffres, sources et une analyse réaliste des limites du ramassage face à l’ampleur des échouages.
Ramasser 10 000 tonnes pour quoi faire ? Les limites d’une course contre la montre
SARGASSES A CAPESTERRE MARIE GALANTE
Depuis 2011, notre île subit de plein fouet la crise des sargasses. Des solutions acceptables peinent à être trouvées.
Face à l’urgence sanitaire et touristique, la collectivité et l’État ont misé sur le ramassage mécanique. 2 / 3 pelles quelques camions. Mais peut-on vraiment gagner la bataille contre les échouages massifs ? Entre chiffres records et réalités du terrain, entre désaccords informels et malaise des riverains – zoom sur les limites d’une solution trop souvent présentée comme acceptable.
Des échouages massifs : les chiffres qui inquiètent
À Marie-Galante, les échouages ne sont plus une exception mais une routine saisonnière. Selon les données du ** rapport 2023 de la DEAL Guadeloupe** (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), environ 80 000 tonnes de sargasses se sont échouées sur les côtes guadeloupéennes entre 2018 et 2022, dont une part significative sur les plages du sud de Marie-Galante (Capesterre, Grand-Bourg, Anse Canot).
En 2022, année particulièrement critique, plus de 25 000 tonnes ont été collectées rien qu’en Guadeloupe. Pour Marie-Galante, les chiffres du Conseil départemental indiquent une moyenne de 3 000 à 5 000 tonnes ramassées par an, avec des pics en 2023 dépassant localement 500 tonnes en une seule semaine sur la plage de Petite Anse.
Source : DEAL Guadeloupe – Bilan annuel échouages 2023
Source : Rapport du Parc national de la Guadeloupe, 2023
Ramasser vite et beaucoup… mais pourquoi c’est insuffisant ?
Face à ces volumes, les moyens ont été multipliés: tractopelles, camions-bennes, barrages flottants. Pourtant, trois limites majeures sont vite apparues.
1. Les tonnes ramassées ne sont qu’un cachet sur une plaie ouverte
Même avec un ramassage intensif, la mer en dépose toujours plus. En 2023, lors d’un épisode majeur, les services techniques ont enlevé 120 tonnes en 4 jours sur une seule plage. Résultat : dès le lendemain, autant de matière fraîche était revenue. Le ramassage joue sur le stock, pas sur le flux. L’océan, lui, continue d’en produire chaque année entre 25 et 35 millions de tonnes selon le CNRS. Autant essayer de vider une plage de son sable avec un seau et une pelle.
2. Le casse-tête du stockage et du traitement
Les algues ramassées sont transportés à quelques centaines de mètres, aux Galets.. À Marie-Galante, les dépôts dit provisoires posent problème : 10 000 tonnes entassées juste en bordure de la commune génèrent des lixiviats toxiques (ammoniac, H₂S). On pourrait envisager d’ évacuer vers l’usine de méthanisation en Guadeloupe continentale mais cette solution est coûteuse et limitée (moins de 50 tonnes par barge). Résultat : des stocks restent, continuant à polluer notre air et notre terre.
3. Un coût qui explose pour des résultats aléatoires
Le ramassage coûte cher : entre 80 et 120 € la tonne en mode d’urgence (main-d’œuvre, carburant, transport). A Capesterre c’est 6000 euros par jour de ramassage. Chiffre largement diffusé sur les réseaux même si la commune n’a pas confirmé.
En 2022, l’État a versé 1,2 million d’euros aux communes guadeloupéennes pour la seule collecte. À Marie-Galante, cela représente une part non négligeable du budget municipal, sans garantie d’efficacité à court (les gaz sont toujours là) et à long terme.
Chiffre clé : 10 000 tonnes ramassées représentent plus d’1 million d’euros par an, pour seulement 10 à 20 % des échouages réels sur certaines saisons.
Le paradoxe : plus on ramasse, plus on s’épuise
Les riverins, les sociaux professionnels du bourg et même certains membres de l’équipe municipale le disent : le ramassage est devenu un « pansement sur une jambe de bois ». L’algue arrive plus vite qu’on ne peut l’évacuer. Les études du CNRS (projet SARGAZ) montrent que moins de 15 % des sargasses échouées sont réellement collectées dans les petites îles comme Marie-Galante, faute de moyens portuaires et de zones de stockage adaptées.
La critique est facile, mais quelles propositions avancer ?
Les limites du ramassage ne signifient pas qu’il faut tout arrêter, mais qu’il est urgent d’investir ailleurs :
- Barrages en mer (testés à Saint-Pierre en Martinique) pour capter les algues avant échouage.
- Valorisation locale : production de biostimulants, briques de terre-algue, ou méthanisation sur place.
- Observation satellitaire (programme Copernicus) pour anticiper les arrivées et adapter les ramassages à l’aveugle.
Conclusion
À Marie-Galante, le ramassage des sargasses est organisé officiellement pour la santé des habitants. Mais prétendre résoudre la crise en collectant toujours plus de tonnes relève de l’illusion. 10 000 tonnes ramassées ne sont pas une victoire, juste un constat d’impuissance organisée. Il est temps de passer du réflexe à la stratégie.
Et vous, que pensez-vous des solutions actuelles ? Avez-vous constaté des échouages records près de chez vous ? Réagissez sur notre email dédié sargasses@marie-galante.net
Sources citées :
- DEAL Guadeloupe, Bilan des échouages de sargasses 2023
- CNRS / Université des Antilles, Projet SARGAZ – Rapport 2022-2023
- Conseil départemental de la Guadeloupe, Données de collecte 2022-2023
- Programme Copernicus / EMSA, Surveillance des proliférations d’algues dans les Caraïbes
